En cette fin de journée du 22 août 2013, le Stade de France ouvrait ses portes pour la première fois au rappeur américain certainement le plus talentueux de sa génération : The Slim Shady, Eminem himself. En tant que grande fan du bonhomme, je ne pouvais décemment pas manquer cette date, la première depuis dix ans dans notre contrée.

Le concert annoncé il y a déjà de longs mois aura déclenché au détour d’une conversation, un séjour de trois jours en famille dans la capitale.Par deux fois avancé au niveau de l’horaire (19h puis 18h45 puis 18h30 la veille), le concert se composera au final de pas moins de trois premières parties avant l’arrivée d’Eminem sur scène aux alentours de 21h (en théorie).

C’est donc vers 17h30 que nous rejoignons le RER B au départ de l’arrêt Luxembourg (après avoir piqué du nez de longues minutes sur les fauteuils des jardins du Luxembourg, très sympas au passage) direction la seine Saint Denis, un petit peu stressés par l’environnement et le contexte du concert ayant encore en mémoire la récente mise à sac d’un RER par une bande de voleurs. Une vingtaine de minutes plus tard nous arrivons à l’arrêt Stade de France et nous suivons naturellement le flux de jeunes qui pour certains portent des t-shirts de la star ou parlent du concert. Cela nous semble en effet peu probable que ceux-ci aillent porter un pot de confiture ou quelques biscuits à leur mère-grand.

A peine sortis du RER, des foules compactes se massent devant les distributeurs (enfin LE) de billets pour mieux se ravitailler par la suite aux gargotes de bouffes et de bières (gastro 100% garantie au vu des étals).

Le Stade de France nous fait face au bout de quelques centaines de mètres.  Placés à la porte E dans la tribune centrale, nous devons contourner une grande partie du Stade de France en passant devant les multiples tentations de la boutique officielle sans pour autant céder à celles ci. En effet, entre un z’homme ayant un porte monnaie fait en peau de hérisson et ma hantise des longues files d’attente version « soldes-je-passe-quitte-à-te-marcher-dessus-avec-mon-38-fillette », autant dire que la boutique officielle nous fait fuir. Devant la porte E, trois files sont déjà formées. de longues années d’expérience intensive en commerce et en parc à thème nous fait choisir la file optimale qui avance bien pus vite que les deux autres. En attendant le passage des tourniquets nous observons le Stade de France est juste « beau ». Moderne et (presque) propre (ben oui les cadavres s’entassent déjà devant celui-ci), les entrées nous donnent l’impression d’être des Very Important Prout Prout avec des « officiels » à toutes les portes.

Une fois le billet scanné, un bouledogue nous répartit sur deux files et me sépare de z’homme « hein mais m’sieur on est ensemble ». Le grognement suivant semble signifier « homme file gauche, femme file droite ». Ok, ok monsieur nous mangez pas hein. Nous avons ainsi droit à une fouille corporelle type aéroport (limite on ne nous fait pas un TR au passage). Je n’ai jamais eu ce genre de fouille même au cours de gros concerts comme Bercy par ex. hormis en zone aéroportuaire et encore quand le portillon a sonné. Très étrange. Mais bon avec un concert d’une grosse star américaine dans une enceinte pouvant accueillir jusqu’à 80 000 personnes les agents de l’immigration vigiles doivent être sur les dents.

Nous montons enfin la volée de marche nous permettant d’arriver jusqu’à nos sièges. Nous sortons au niveau des tribunes, et notre première réaction est digne d’un Lestat (vampires, Anne Rice, croix tout ça tout ça) « arrrrggggg soleillllll, chauuuuuddd ». Un stadier nous oriente vers nos sièges (après m’avoir sermonné, ben oui vilaine fille qui lui passe devant le nez rivé sur son billet pour chercher la place.. c’est sûr qu’avec une veste orange pétant j’aurais pu le voir -_-). Les tribunes sont vides, la fosse pas des masses blindée. Se serait on planté de lieu, aurait on acheté une place pour Brandy ?

En attendant le début du show, nous perdons environ 75% de notre masse corporelle par liquéfaction. 10€50 d’Ice Tea et d’un mini sachet de M&M’s nous retaperont temporairement. Même s’il faut reconnaître ce qui est, ceux-ci nous resteront longtemps sur l’estomac, à 1€ la gorgée on a intérêt à les savourer *kof kof*.

Les deux premières première partie présentent leur set à 18h30 tout pile  et 18h45. Ceux-ci réveillent bien le Stade de France. Tout du moins ceux qui sont encore assez au frais pour ne pas dépérir sous les coups assourdissant des basses. Quelle idée de choisir la tribune Est, et donc exposée plein soleil aussi -_- (bon c’est pas la première chose que l’on regarde quand on réserve des places). La scène semble également être doté d’une chaleur étouffante, en effet au vu du port du pantacourt au niveau des cuisses avec ceinture et boxer apparent chez tous les MC..
Le Stade de France se remplit bien au cours des deux sets, les premières évacuations de fosses réglées en main de maître par la Croix Rouge ont lieu. Après ces sets, à la faveur d’un Stade de France « à fond » les ola s’enchaînent c’est juste « top ».

Après quelques bouffées d’air vicié en direct live de Nicotine-les-Bains, Kendrick Lamar la première partie qui semble « plus connue » que les autres (mais reste complètement inconnue pour nous ou presque) se présente sur scène. Pendant près de vingt minutes il nous assourdit à coups de Larsen magnifiquement amplifié par la sono bruyante. Les techniciens s’affolent autour de la scène, et l’on peut revenir enfin à un son audible, enfin si on fait abstraction des acouphènes créées par les précédents larsen.

C’est sympa toutes ces premières parties, mais l’assemblée de 71 000 spectateurs est tenue en haleine, on attend plus que l’arrivée d’Eminem. Le temps file, les minutes tournent, un drap blanc est hissé sur scène pour planquer ce qui se passe derrière. 21h, rien de vient, le public commence à crier, les olas se défont plus qu’elles ne se font désormais. Eminem se laisse sévère désirer. Les techniciens grimpés derrière leur projecteur piquent du nez confortablement installés (ou pas) à plusieurs dizaines de mètres. Soudain, l’assemblée se fait silencieuse, en ombre chinoise apparaît derrière le rideau blanc une silhouette bien familière. Enfin le show démarre ! Le rideau tombe, Eminem entre en scène en sweat, capuche relevée sur une casquette, pantacourt, basket, juste la classe (vis à vis des précédents rappeurs hein).

(c) Jeremy Deputat

Il fait son entrée sur un titre inconnu pour nous, « Survival » normal, en effet celui-ci est son nouveau single (on n’est pas au goût du jour bouuuuh). La voix est au départ, à mon grand dépit couverte par les musiciens, mais c’est vite rectifié et on entend le flow si particulier d’Eminem. Il suffit d’un titre pour être plongés dans la folie du concert. La scène est simple mais efficace, les jeux de lumière juste trop bien faits, et accessoirement les images incrustées en fond de scène bien à propos.

Tout au long du concert, Eminem balaie son répertoire, et j’entends avec plaisir ses premiers titres qui m’ont fait adhérer au personnage. Certes de nombreux critiques ont émis la réserve que ses grands titres comme The Real Slim Shady, My name Is et Without Me sont faites en medley et non en entier, il faut relativiser dans le sens où toutes celles-ci n’auraient pu être en entier sous peine d’avoir un concert de 3h voire plus. A un moment il faut sélectionner. Eminem est très bien relayé par son MC Mr Potter, qui chauffe la salle, alors qu’Eminem semble un peu plus en retrait, concentré sur sa musique.

Je suis définitivement conquise quand vient le moment de la reprise du titre « The Way you Lie » qu’il a faite en duo avec Rihanna (bon pas de Rihanna sur scène il faut pas exagérer non plus lol), où la foule reprend juste une grosse partie des paroles et est à fond sur les refrains (j’y perd au passage une ou deux cordes vocales).

Les titres s’enchainent, certains me sont inconnus et je les découvre avec plaisir. Le temps passe à une vitesse folle, et déjà la fin semble s’avancer malgré nos déferlements de cri, les deux derniers titres arrivent. J’ai vraiment cru que ceux-ci allaient passer à la trappe. « I’m not afraid » arrive enfin, et je trépigne. Manque plus que « Lose yourself » du film « 8 miles » que j’avais personnellement adoré qui fait un final terrible.

Que dire du concert ? Génialissime. Nous avons tout les deux été conquis (et c’était pas gagné du tout pour z’homme). Alors oui, nombre de grincheux sur le net regrettent l’incisivité, le trash ado d’Eminem des débuts. En effet, face à nous ne se tient plus l’ado qui trémoussait ses fesses au visage de quelqu’un dans ses clips habillé en superhéros, nous avons un homme de près de quarante ans, qui a traversé de sacré période de down. Estimons nous heureux qu’il ait vaincu ses démons et qu’il se soit « assagi » lui permettant de tenir ainsi magistralement un stade de plus de 70 000 personnes pendant 1h30 sans un moment de faiblesse, sans un pet de playback, et tout en mouillant les T-Shirt. Et force est de constater que je préfère Eminem version « mature » que l’Eminem trashe des débuts.

Après ce concert, le retour se fait sans encombre en essayant de passer un maximum de foule pour ne pas trop galérer dans le RER pour revenir à l’hôtel. Mention spéciale à la RATP et aux forces de l’ordre qui ont géré d’une main de maitre la répartition du monde dans les RER, pas d’incident, des RER pas trop étouffants. Lyon devrait grandement s’en inspirer pour certains évènements…

Le mot de la fin sera décerné à la pancarte très représentative de l’évènement brandie dans la fosse : « Marshall, the only one that mathers »

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